Ce livre a pour but de présenter au public francophone la Communauté bouddhiste Triratna, un mouvement encore peu connu en France, où il n’est représenté que par un Centre à Paris, mais qui est très présent dans les pays anglo-saxons et en Inde, et qui connaît une progression spectaculaire dans les pays où il est installé.
Dans une première partie, B. Stevens présente la remarquable vie de Sangharakshita, le fondateur de la Communaté bouddhiste Triratna. Jeune Anglais devenu bouddhiste à l’âge de 16 ans, il partit en Inde à la fin de la guerre, en recherche d’enseignements, et y fut ordonné dans la tradition Théravâdâ en 1949. Il passa ensuite 14 ans à Kalimpong à œuvrer pour le bien du bouddhisme, comme le lui avait enjoint son maître Jagdish Kashyap – période durant laquelle il découvrit le bouddhisme tibétain et reçut des initiations de plusieurs grands maîtres tibétains, parmi lesquels Dilgo Khyentsé Rinpoché et Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö. Peu après son retour en Grande-Bretagne, il fonda en 1967 ce qui devint l’Ordre bouddhiste Triratna et la Communauté bouddhiste Triratna.
Cette présentation de la vie de Sangharakshita montre très bien comment ce dernier a très tôt vu clairement ce qui fait l’unité du bouddhisme. C’est ce « retour aux sources » qui lui a donné, lorsqu’il a décidé de fonder un nouvel Ordre bouddhiste, la perspective nécessaire pour faire une présentation du bouddhisme adaptée aux conditions de vie contemporaines, dans un monde industrialisé et largement sécularisé.
Dans la seconde partie, l’auteur évoque les principes fondamentaux sur lesquels s’est basé Sangharakshita pour fonder la Communauté bouddhiste Triratna :
- la primauté d’aller en refuge, acte central et déterminant de la vie d'un bouddhiste ;
- l’importance de l’amitié spirituelle et de la communauté spirituelle ;
- la nécessité d’une approche complète de la pratique bouddhique appliquée à tous les aspects de la vie quotidienne ;
- l’importance des méthodes indirectes de développement et d’ouverture de l’esprit, en particulier par le biais de toutes les formes d’expression et d'appréciation artistique.
La Communauté bouddhiste Triratna cherche en effet, à son échelle, à créer une nouvelle culture bouddhique et à changer le monde. Citons Bernard Stevens : « Il ne s’agit pas d’une volonté de pouvoir, d’un impérialisme idéologique : il s’agit d’aider toujours plus de gens à devenir des individus autonomes, capables d’entrer en contact avec leur être profond, leur bouddhéité, et d’avoir le comportement éclairé et bienveillant qui en découle » (p. 201). Et ceci se retrouve notamment dans les entreprises de moyens d’existence justes et dans les associations d’action sociale et caritative fondées au sein de la Communauté bouddhiste Triratna.
D’une lecture agréable et vivante, le livre de Bernard Stevens n’est pas qu’une très bonne introduction à la pensée de Sangharakshita et à la Communauté bouddhiste Triratna. En chemin, l’auteur nous y présente aussi avec clarté nombre de concepts et de doctrines bouddhiques, montrant comment ils sont appliqués au sein de ce mouvement. Ainsi, par exemple, les préceptes de l’éthique bouddhique deviennent une conduite de vie et une façon d’être qui s’appliquent à chaque instant de l’existence. En outre, les spécificités de la Communauté bouddhiste Triratna sont bien mises en évidence, expliquant ce qui en fait le succès : tout en étant ancrée dans le « bouddhisme de base », pour reprendre l’expression de Sangharakshita, la Communauté bouddhiste Triratna propose une expression moderne et contemporaine du bouddhisme, offrant à tous des perspectives optimistes d’évolution personnelle et d’implication dans un monde qui en a grandement besoin.
Marie-Françoise et Ujumani.